• Critique : Phantom the Submarine, de Min Byung Chun

    Réalisé en 1999, la même année que Shiri de Kang Je Gyu, Phantom the Submarine est un thriller en huis clos sur fond de menace nucléaire.

    Phantom the Submarine est le premier long-métrage du réalisateur Min Byung Chun, à qui l’on doit le plus récent Natural City, œuvre d’anticipation ambitieuse à l’esthétique impressionnante. Le sujet du film évoque instantanément USS Alabama de Tony Scott, où Denzel Washinton livrait un combat sans merci à Gene Hackman à bord d’un sous-marin nucléaire afin d’empêcher le déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Malgré les indéniables similitudes qui lient les deux films, Phantom the Submarine se distingue nettement de son aîné par ses thématiques spécifiquement coréennes, son atmosphère particulièrement soutenue proche du surnaturel et ses accès de violence spectaculaire alliés à un traitement très sensible des personnages.

    Critique : Phantom the Submarine, de Min Byung Chun

    1999. Miraculé d’une exécution capitale, Lee Chan Suk (Jung Woo Sung) se retrouve recruté par le capitaine du Phantom afin de participer à une mission secrète à son bord. Dépossédé de son identité – il s’appelle dorénavant 431- il va tenter de trouver sa place au sein de cet équipage composé d’hommes privés comme lui de leur passé. Le moindre objet qui pourrait rappeler la « vie d’avant » est en effet interdit à bord. Le nom du sous-marin dans lequel évoluent les personnages, le Phantom, prend donc une double signification puisque les membres de l’équipage sont eux-mêmes réduits à l’état d’âmes errantes, déclarés morts aux yeux du monde et contraints de servir de martyres dans le cadre d’une mission militaire secrète. Dans ce contexte, il n’est pas difficile pour le capitaine 202 (Choi Min Soo) de persuader l’équipage de le rejoindre dans la mutinerie qu’il a fomentée contre le commandant en titre qui les mène vers une mort inéluctable et sans gloire.


    Phantom the Submarine se déroule entièrement à bord du Phantom, si l’on excepte les quelques scènes introductives visant à précipiter le personnage principal, 431, dans un véritable enfer. Pour des raisons de budget limité, on ne voit jamais vraiment entièrement le Phantom de l’extérieur : paradoxalement, cet apparent handicap contribue au fort sentiment d’angoisse qui imprègne le film, rendant les limites du décor insaisissables et octroyant ainsi au Phantom le statut d’un personnage à part entière.

    Contrairement à la tendance qui alourdit souvent considérablement les récentes grosses productions coréennes, Phantom the Submarine n’est pas surchargé de musique emphatique dès les premières secondes du générique de début. Le film distille dès les premières scènes une atmosphère silencieuse et inquiétante, voire fantastique, s’appuyant davantage sur les effets sonores tels que le bruit ambiant du bâtiment, discret mais omniprésent, ou encore le cri tour à tour étouffé ou formidable d’une baleine. Lorsque la musique intervient, c’est toujours à bon escient. Le soin apporté à l’image présente le même souci de souligner la claustrophobie générale, à l’aide d’une photographie très contrastée et dominée par les couleurs froides (bleu, vert, gris). Lorsque le rouge apparaît, c’est un rouge extrêmement vif, agressif, infernal qui envahit l’écran, semblable aux explosions de violence qui jalonnent le film. Une violence inévitable qui lorgne parfois vers le sadisme le plus extrême lors d’une mémorable scène d’« opération »…

    Critique : Phantom the Submarine, de Min Byung Chun

    Dans cette atmosphère de tension permanente, 431 va être le seul à se dresser contre la folie destructrice de 202. L’une des forces du film est l’ambivalence des points de vue sur le personnage de 431, notre fil conducteur dans ce dédale de couloirs sombres : seul élément imprévisible parmi tous ces hommes conditionnés, il incarne à la fois la proie et le prédateur, hissant l’affrontement psychologique qui l’oppose à 202 à un niveau plus subtil à mesure que le film progresse. Jung Woo Sung, connu pour son rôle d’esclave héroïque et sexy dans La Princesse du Désert de Kim Sung Su, prête à ce personnage tout son charisme et toute la force de son jeu nuancé. Face à lui, Choi Min Soo compose avec finesse un adversaire redoutable mais non dépourvu d’humanité.

    A travers le duel tragique qui oppose ces deux personnages aussi semblables que différents s’exprime le motif récurrent qui hante le cinéma coréen, à savoir le déchirement que représente la séparation entre les deux Corée, séparation imputable aux puissances extérieures accusées d’avoir piétiné le peuple et la culture coréens. Ici, ce sont les Américains et les Japonais qui sont montrés du doigt, même si le réalisateur ne cherche jamais par ce biais à excuser d’une quelconque façon les intentions meurtrières de son personnage. Sur un scénario habile et inspiré de Bong Joon Ho qui a acquis entre temps une renommée internationale en tant que réalisateur avec l’excellent Memories of Murder, Min Byung Chun réalise avec Phantom the Submarine un film singulièrement émouvant, transcendant très largement le cadre du simple thriller que son sujet laissait présager.

    Caroline Leroy

    Article publié sur DVDRama.com le 9 juin 2005


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