En battant le réputé invincible chef des RedSuns alias la "Comète Blanche d'Akagi", Takumi Fujiwara est entré dans la légende. A peine remis de sa victoire, notre tofu-man lycéen se voit de nouveau défier par de redoutables adversaires, les "Emperor", dont le chef peu amène a pour habitude d'humilier ses concurrents malheureux en déchirant les stickers de leur équipe, sitôt la victoire acquise. Contre leurs véhicules 4x4 dernière génération, la vieille AE86 Trueno de Takumi ne fait manifestement pas le poids.…
En vingt-six épisodes savamment dosés en adrénaline, Initial D: First Stage forgeait course après course la réputation du nouveau champion d'Akina, Takumi Fujiwara, qui au volant de sa vieille Hachi-Roku ("Huit-Six", la fameuse Toyota AE86 Sprinter Trueno), se mesurait sans complexe à des adversaires toujours plus puissants et aussi infatués de leur personne que de leurs bolides dernier cri. Jouant sur l'excitation que provoquent immanquablement les exploits d'un underdog au sein d'un univers où seules comptent la technique et la performance, la première saison d'Initial D posait les bases d'une série aussi humble que jouissive, dont les quelques faiblesses graphiques n'entamaient jamais le ravissement procuré par chaque nouveau battle.
Dès les premiers instants d'Initial D: Second Stage, on retrouve Takumi tel qu'en lui-même, c'est-à-dire calme et introverti – apathique, diront certains. Ni valeureux héros désireux de prouver sa force, ni bishônen ténébreux et tourmenté, Takumi (interprété en VO par l'excellent Shinichirô Miki) est en réalité un personnage à part dans le paysage des animes destinés aux garçons. Certes, il partage avec ces derniers la condition de banal lycéen de dix-huit ans, dont l'horizon va soudain s'élargir au contact d'un monde nouveau (celui des courses illégales, en l'occurrence) mais c'est à peu près tout.
Car ce "génie malgré lui" a pour particularité de refuser obstinément d'occuper le devant de la scène, quand les autres ne demandent qu'à s'y jeter à corps perdu. Ainsi, ce sont ses camarades, tous passionnés d'automobile, qui s'emploient à le propulser à la place qu'il mérite durant toute la première saison d'Initial D.
Recruté par les SpeedStars, team dont fait partie son meilleur ami Itsuki ainsi que Iketani, son chef direct à la station service où il travaille à mi-temps, Takumi ne court dans un premier temps que dans le but de leur rendre service. Ce n'est qu'après avoir goûté plusieurs fois les satisfactions de la victoire que le goût de la conduite et le désir de se mesurer aux différents challengers commencent à représenter des motivations valables à ses yeux. Dans tous les cas, il n'œuvre jamais pour la gloire de l'équipe durant la première saison, tendance que vient confirmer la deuxième avec ces cinq nouveaux épisodes.
On retrouve dans Initial D: Second Stage les mêmes personnages et les mêmes équipes que dans First Stage : SpeedStars, RedSuns et NightKids comptent toujours les mêmes membres, Takumi ayant supplanté tout ce beau monde depuis sa victoire contre Ryôsuke Takahashi. Comme pour gâcher la fête, un nouveau venu en la personne de Kyôichi Sudô vient perturber dangereusement le nouvel équilibre des forces. Plus âgé que les autres personnages, cet énergumène "armé" d'une Mitsubishi Lan-Evo III à quatre roues motrices affiche un mépris immédiat pour le héros local, relayé par son second, le peu finaud Seiji Iwaki (propriétaire d'une Lan-Evo IV).
On l'aura compris, la carte underdog peut être jouée à nouveau puisque sortis du périmètre d'Akina, Takumi et sa fidèle Hachi-Roku se retrouvent relégués en moins de temps qu'il ne faut pour le dire au rang de rigolos. Si le schéma pourra sembler classique aux amateurs de la première saison, cette suite densifie fort agréablement le propos en agressant littéralement Takumi de tous côtés.
En effet, tout irait à peu près bien pour notre ami si son père Bunta n'avait pas décidé, dans son dos, de lui infliger une épreuve compromettant ses chances de succès, et surtout si ne venait pas s'ajouter à tout cela une terrible déconvenue amoureuse. C'est bien simple, dans le quatrième épisode d'Initial D: Second Stage, Takumi perd les pédales, dans tous les sens du terme. On attendait ce moment depuis longtemps et l'épisode est fantastique, tout comme le suivant qui nous abandonne sur un affreux suspense.
Plus que jamais, les courses participent à l'évolution psychologique du personnage de Takumi qui commence doucement à céder aux pièges de l'orgueil. Une évolution cohérente et subtile, orchestrée de manière remarquablement réaliste depuis les débuts de la série. Ce début de saison permet d'autant plus d'en apprécier la teneur que le graphisme, sans atteindre des sommets de joliesse (même si Takumi devient enfin mignon), s'est très sensiblement amélioré depuis First Stage. A propos de réalisme, on notera au passage qu'Initial D est l'une des très rares séries où les personnages ont le bon goût de changer de vêtements tous les jours – en cinq épisodes, Takumi change quatre fois de tenue !
Les techniques de drift ayant été pour la plupart exposées au cours de la première saison grâce aux interventions savantes du très classe Ryôsuke Takahashi (joué par Takehito Koyasu), la suite approfondit les bases désormais acquises en pimentant les courses de quelques subtilités de tactique. Le battle qui oppose Takumi à Seiji (que son propre boss Kyôichi juge peu intelligent !) apparaît comme un prolongement du duel final de la première saison. Plus les véhicules en face sont puissants et plus l'élaboration de stratégies sur le long terme s'impose. Les "trucs" de la dernière chance auxquels avait recours notre ami pour dépasser ses adversaires au dernier moment ne suffisent plus. Initial D: Second Stage corse donc les choses à tous les niveaux (technique, psychologique) et les courses, toujours magistralement mises en scène, n'en sont que plus passionnantes.
Intenses et jubilatoires, ces cinq premiers épisodes d'Initial D: Second Stage prouvent que le concept est décidément inépuisable.
Article publié sur DVDRama.com le 27 mai 2006
Le drame affleurait dans le cinquième épisode d'Initial D: Second Stage, il éclate dès l'épisode 6. La très chère Hachi-Roku de Takumi est au bout du rouleau et finit par rendre l'âme en pleine course, face au bolide d'un Kyôichi Sudô qui ne pouvait plus compter que sur le seul avantage de sa puissance pour distancer son adversaire. Enfer et damnation !
Ceux qui ont vu le film Initial D d'Andrew Lau et Alan Mak se souviendront très certainement de ce moment où Jay Chou se retrouve abandonné au bord de la route, mortifié devant le cadavre de sa voiture et contraint de laisser Jordan Chan (qui incarne Kyôichi) remporter une victoire amère.
Or cet épisode charnière est infiniment plus fort et touchant dans la série, non seulement grâce à la délicatesse avec laquelle il est traité, mais aussi parce que l'on a eu amplement le temps de voir évoluer Takumi et de saisir à quel point sa relation avec le véhicule s'est muée au fil des mois en attachement réel.
La vedette du show étant désormais hors service, Ryôsuke Takahashi fait son grand retour sur le devant de la scène en affrontant lui aussi Kyôichi et son imposante Lan Evo III noire. Ryôsuke ayant été battu un peu plus tôt par Takumi, qui va l'emporter ?
De son côté, Takumi continue de filer un mauvais coton et il faut toute la bonne humeur légendaire de son fidèle ami Itsuki pour l'arracher de sa chambre (au mobilier très minimaliste, soit dit en passant). Mais les temps ont changé depuis Initial D: First Stage et même Itsuki semble avoir mûri, comme en témoigne sa capacité à nouer une amitié avec une jeune fille de son âge, chose qui semblait impensable auparavant tant il se donnait en spectacle à tout bout de champ. Le boute-en-train horripilant de la série est donc en passe de devenir un personnage à part entière. On attend de voir ça.
La jeune fille, qui s'appelle Kazumi, a décroché un travail dans l'auberge de sa tante et vient tout juste de s'installer dans les parages. Bien sûr, son frère aîné est un passionné de courses et possède un véhicule de choix, en l'occurrence une superbe AE86 Levin.
Il ne reste déjà plus que quatre épisodes avant la fin d'Initial D: Second Stage, soit largement le temps de vibrer une fois encore au son des moteurs survitaminés et des pneus hurlants. Car on s'en doute, Takumi n'a pas dit son dernier mot et la Hachi-Roku non plus.
Article publié sur DVDRama.com le 19 juin 2006
Dans Initial D: Second Stage, Takumi doit relever un défi d'un genre nouveau. Dompter la machine, accepter de comprendre son fonctionnement tout en restant à l'écoute de ses propres sensations, ce sont là les indispensables enseignements à retirer de ces épreuves initiatiques nécessaires et passionnantes, qui font plus que jamais d'Initial D une authentique série d'arts martiaux sur roues.
Défié par un certain Wataru, de passage dans la région et propriétaire d'une AE86 Levin turbo, Takumi accepte finalement le challenge qui lui permettra peut-être de reprendre possession de sa Hachi-Roku, devenue difficilement maniable depuis que son père Bunta a secrètement fait le nécessaire pour la ressusciter. Alors qu'il était parvenu au fil des années à faire corps avec sa voiture, celle-ci lui devient soudain totalement étrangère.
A travers les épreuves inédites que rencontre Takumi, Initial D: Second Stage se montre plus percutant que la première saison, grâce à un traitement des personnages plus soigné qui confère un nouveau parfum d'urgence à l'action.
Contrairement à Initial D: First Stage, Takumi n'est pas le seul à évoluer notablement. Mais son parcours demeure et de loin le plus fascinant et détaillé de tous, sa personnalité déroutante se voyant traiter avec nuance et réalisme au gré des chocs émotionnels éprouvants qu'il encaisse. Car ses déboires avec la Hachi-Roku et les prises de conscience qu'ils entraînent ne sont pas seuls à perturber son quotidien. Son histoire d'amour candide avec Natsuki vire à l'aigre dès les premiers épisodes de la saison, assombrissant son horizon au point de remettre en question sa légendaire maîtrise du volant.
Ces événements imbriqués les uns dans les autres sont traités avec une rare retenue, confirmant une fois encore à quel point la série se distingue du tout-venant estampillé shônen. Les personnages s'étoffent lentement mais sûrement au fil des épisodes, loin de toute grandiloquence inutile tant dans l'action que dans les scènes plus intimistes. Ces dernières n'apparaissent d'ailleurs plus jamais comme des "pauses" meublant l'entre-deux courses, ainsi que la première saison pouvait parfois donner à le croire, mais comme la charpente du récit à partir de laquelle l'action prend tout son sens.
A ce titre, la plus belle scène intimiste reste bien sûr l'échange tant attendu entre Takumi et son père à la fin de l'épisode 6, situé sur le volume précédent. Mais contre toute attente, Itsuki est aussi pour beaucoup dans la note de douceur et de mélancolie qui imprègne Initial D: Second Stage. La touche puérile de fan service qui encombrait de temps à autre la première saison laisse place à la romance adolescente, celle qu'il vit avec Kazumi, la sœur de Wataru. Une romance traitée avec délicatesse, bel exemple de l'esprit "tranches de vie" qui caractérise la série en dehors des courses, les événements intervenant dans le quotidien banal des personnages n'appelant pas forcément à une résolution.
Côté action, Initial D continue de régner sur toute concurrence dans le domaine de la mise en scène des courses de voiture et ce troisième volume réserve une nouvelle excellente surprise avec l'affrontement Trueno vs. Levin / Takumi vs Wataru. Ce battle n'est peut-être pas aussi palpitant que la course de Takumi contre Kyôichi, mais il s'appuie sur un scénario parfaitement inattendu une fois encore. Depuis le début de la série, aucune course ne ressemble jamais à une autre, ni dans les techniques qu'elle permet de déployer, ni dans les découvertes qu'elle inspire.
C'est aussi le cas dans cette deuxième saison et tout particulièrement dans cette dernière course. De même que le design des personnages s'est très sensiblement amélioré entre les deux saisons, le rendu des voitures s'est lui aussi affiné. Initial D a ceci d'assez particulier que chaque saison est l'occasion d'une importante amélioration technique et artistique, tendance qui perdurera jusqu'à l'apogée représentée par Initial D: Fourth Stage (2004-2006), visuellement irréprochable. Au fil du temps, cette métamorphose s'avère presque aussi touchante que celle qui affecte ses personnages principaux.
En attendant, on trépigne d'impatience de découvrir le film Initial D: Third Stage, qui devrait apporter une réponse à certaines des questions restées en suspens à l'issue de ces treize épisodes. Pas à toutes, c'est certain, mais il reste au moins à Takumi une petite revanche à prendre sur le chef des Emperor… Patience.
Caroline Leroy
Article publié sur DVDRama.com le 29 septembre 2006