Fleuron du studio Sunrise, la franchise Gundam n'en finit pas de faire parler d'elle depuis près de trente ans, quand fut diffusée pour la première fois la série Mobile Suit Gundam en 1979. A l'origine, elle émane des imaginations conjuguées de Yoshiyuki Tomino et de Hajime Yatate, ce dernier pseudonyme désignant en réalité une partie (changeante) du staff de Sunrise. Déclinée sous forme de séries, d'OAV et de films, l'interminable saga n'en garde pas moins depuis ses débuts une grande cohérence, qui pourrait se résumer grossièrement à une volonté acharnée de dénoncer les atrocités de la guerre alliée à un certain souci de réalisme scientifique. La série Mobile Suit Gundam Seed ne fait pas exception.
Après avoir été édité en France par le biais de dix volumes single il y a près de trois ans, Mobile Suit Gundam Seed nous revient cette année [ndla: en 2008] en deux coffrets brassant chacun une saison de vingt-cinq épisodes. Soit de quoi prendre d'un seul coup ou presque la mesure de la construction impressionnante de cette série qui emprunte à ses aînés tout en conférant une ampleur particulièrement impressionnante aux thèmes inhérents à l'ensemble de la saga. Inaugurant une nouvelle ère, la Cosmic Era, Mobile Suit Gundam Seed propose en réalité une relecture des enjeux de l'Universal Century (UC) des origines, dans laquelle se déroulaient Mobile Suit Gundam et sa suite, Mobile Suit Zeta Gundam.
Autant le dire, les fans de la première heure risquent d'éprouver un sentiment de déjà vu durant les premiers épisodes de Gundam Seed, dont la trame ressemble à s'y méprendre à celles de ces deux séries (la deuxième rééditant déjà certains éléments de la première). Pourtant, il serait dommage de s'en tenir là, tant la série de Mitsuo Fukuda parvient aisément à prendre ses distances par la suite et à ancrer son propos dans un contexte étonnamment actuel, abordant le processus de la guerre sous un angle beaucoup plus global que ne le faisait la très belle série initiale.
Dans l'ère de Mobile Suit Gundam Seed, qui se pose comme un univers alternatif à celui de l'UC de Mobile Suit Gundam, Zeon n'existe pas, et les peuples des colonies ne sont pas les instigateurs du conflit. La guerre entre Naturels et Coordinateurs prend sa source dans l'événement tragique de la Saint-Valentin Sanglante, jour du massacre de plus de 240 000 habitants des PLANTs (colonies) par l'Alliance Terrienne. Les Coordinateurs, ce sont ces êtres humains "évolués" présents depuis les débuts de Gundam, sous le nom de New-Type. Mais à la différence de ces derniers, les Coordinateurs sont le produit d'une manipulation génétique et non d'une évolution naturelle.
La thématique raciale se fait par conséquent beaucoup plus prégnante dans Mobile Suit Gundam Seed que dans tous les précédents opus, la plupart des enjeux guerriers ayant trait de près ou de loin à la "supériorité" d'une race sur une autre. D'un côté, les Coordinateurs se targuent de représenter l'être humain de l'avenir, avec des capacités physiques et intellectuelles accrues, et de l'autre, les Naturels rejettent ce qu'ils considèrent comme une dérive technologique, certains allant même se rassembler sous l'égide du groupuscule extrémiste Blue Cosmos qui milite pour une race "pure".
Kira Yamato est en quelque sorte l'Amuro Ray de Mobile Suit Gundam Seed, avec lequel il partage non seulement la condition d'individu hors du commun, mais aussi de terribles problèmes de conscience une fois embarqué, bien malgré lui, au cœur du conflit. Les caractères des deux personnages tendront heureusement à différer à mesure que passent les épisodes, mais la correspondance est flagrante et volontaire.
Coordinateur particulièrement doué, Kira démontre dès le premier épisode des talents exceptionnels lorsqu'il s'agit de combattre à bord du Strike, un puissant Mobile Suit dont les membres de ZAFT – sigle désignant l'armée des PLANTs – ne sont pas parvenus à s'emparer lors de leur attaque sur la colonie neutre d'Heliopolis. Or tandis qu'il vient en aide à une militaire de l'Alliance Terrienne, Kira, qui répond alors encore au statut de civil, se retrouve par hasard nez à nez avec son ami d'enfance Asran Zala (Athrun Zala en VO), qui appartient aux forces de ZAFT.
C'est le début d'une véritable tragédie et le principal fil conducteur de Mobile Suit Gundam Seed. Contraints de combattre l'un contre l'autre, les deux amis vont littéralement se déchirer épisode après épisode, non sans avoir tout tenté pour éviter l'affrontement direct. Un tel pitch paraît classique à première vue, mais le traitement, lui, ne l'est pas.
Car non seulement la lutte insensée qui oppose les deux protagonistes principaux est gérée crescendo, avec finesse, tout au long de la série, mais elle permet d'autre part de mettre en lumière toutes les contradictions qui minent les deux camps, aussi éclatés et coupables l'un que l'autre. Coupables entre autres du même cynisme envers la jeune génération, qu'ils envoient à la mort avec la même indifférence – thème que Mobile Suit Gundam, pourtant explicite à cet égard, n'exploitait pas avec la même véhémence.
A l'issue de ce premier coffret, tous les enjeux de Mobile Suit Gundam Seed ne font encore que se dessiner progressivement, agencés qu'ils sont de manière machiavélique en vue d'un final qui se révèlera dantesque. L'un des personnages clés de l'aventure, la chanteuse des PLANTs Lacus Clyne, n'en est encore qu'au stade de l'ébauche, tandis que la jeune Cagalli Yula Athla vient tout juste de faire connaissance avec Asran dans des circonstances inattendues. Kira et Asran ont cependant déjà eu le temps de verser bien des larmes, et ce n'est que le début.
Pour se détendre, on notera avec amusement que les Haro, mascottes de Gundam créées à l'origine par Amuro Ray, deviennent dans Mobile Suit Gundam Seed les inventions d'Asran. Quant à l'Archangel, le vaisseau dans lequel embarque Kira afin de prêter main forte au capitaine Maryu Ramius et à son équipage de l'Alliance Terrienne, il rappelle furieusement dans son design le White Base de Mobile Suit Gundam.
Enfin, comment ne pas mentionner l'un des points forts de Gundam Seed, à savoir la superbe bande originale composée par Toshihiko Sahashi, le plaisir se prolongeant même jusqu'aux génériques - parmi lesquels se distingue un premier ending envoûtant de See-Saw qui donne une dimension quasi-mystique à chaque chute de fin d'épisode.
Plébiscitée par le public japonais comme occidental, la série Mobile Suit Gundam Seed demeure sans conteste l'un des volets les plus aboutis de toute la mythique saga. Bâtie à partir d'un scénario béton, emmenée par des personnages solidement campés dont les plus éminents – Kira, Asran, Cagalli – sont même très attachants, la série se distingue du tout venant de la science-fiction animée par un traitement de la guerre extrêmement réaliste et réfléchi, plus jusqu'au-boutiste encore que son glorieux aîné Mobile Suit Gundam. Le deuxième coffret, qui conclut l'aventure avec une saison 2 encore plus forte, est attendu de pied ferme.
Caroline Leroy
Article publié sur Filmsactu.com le 11 mars 2008
Ce deuxième coffret de Mobile Suit Gundam Seed met un terme à deux saisons de 25 épisodes menées tambour battant au fil d'une trame extrêmement solide. Les cinq derniers épisodes, conçus comme l'apothéose de la guerre interminable opposant les PLANTS et l'Alliance Terrienne, sont de très loin les plus déchaînés et explosifs. Le conflit final s'étale ainsi rien moins que sur plus de deux heures de combat allant crescendo, au rythme des différents paliers que chaque adversaire franchit dans une escalade de l'horreur proprement démentielle.
Le monde de Mobile Suit Gundam Seed ayant été débarrassé de l'arme nucléaire suite à l'implantation de Neutron-Jammers sur Terre par les forces de ZAFT, en riposte au drame de la Saint-Valentin Sanglante (Ere Cosmique 70), il n'est guère étonnant de voir revenir au galop les mauvaises habitudes en ces temps désespérés. La manipulation orchestrée par ce fourbe de Le Creuset précipitera en effet les deux camps dans une tragédie collective irréparable. A moins que Kira, Asran et leurs amis ne parviennent à enrayer la spirale infernale, bien sûr…
On reste admiratif devant la capacité des créateurs de la série (Yoshiyuki Tomino et le collectif de Hajime Yatate de Sunrise) à maintenir une parfaite cohérence entre toutes les intrigues et sous-intrigues de l'aventure, et ce malgré un nombre impressionnant de personnages principaux. Mieux, chaque nouvelle étape dans les méandres de ce conflit interminable et plus complexe qu'il n'y paraît, permet une vraie montée en puissance dramatique qui trouve son aboutissement le plus flamboyant dans ces derniers épisodes stupéfiants. Une évolution miraculeuse que l'on n'aurait pas forcément soupçonnée au vu des tout premiers épisodes, la machine nécessitant logiquement un certain temps avant de se lancer à plein régime.
La place accordée aux personnages, la crédibilité des relations qu'ils entretiennent entre eux, pour le meilleur et pour le pire, est au cœur de la réussite de Mobile Suit Gundam Seed. Le nombre important d'épisodes permet en effet de les faire évoluer chacun à leur rythme, et il n'est pas rare qu'ils répètent plusieurs fois les mêmes erreurs avant qu'un événement en particulier les encourage à se remettre plus ou moins en question. Les revirements, lorsqu'ils interviennent, ne se font jamais de manière hâtive. De même que lorsque les braves meurent en pleine apocalypse nucléaire, les amis chers ont à peine le temps de les pleurer. Ce réalisme dans la peinture des conflits à grande ou à petite échelle, comme dans celle des relations d'amour ou d'amitié naissantes, confère une épaisseur à chacun des héros de cette étonnante série de guerre.
Parmi ces personnages riches, dont la plupart (Bajirule, Dearka, Yzark, Flay, pour ne citer que ceux-là) réservent de belles surprises, Kira et Asran se détachent évidemment du lot, ce qui n'est pas une mince réussite lorsque l'on sait que beaucoup de héros de séries à protagonistes nombreux ont souvent tendance à se montrer les plus fades de tous (ce sera le cas de Shinn Asuka durant la majeure partie de Mobile Suit Gundam Seed Destiny). La subtilité vient du fait que les personnalités de Kira et Asran, bien que très différentes, ne sont nullement antagonistes dans le fond. C'est ce qui donne à leur conflit toute sa force, au gré des multiples rebondissements qui le ponctuent durant une bonne partie de l'aventure.
On pourrait en dire autant de personnages plus secondaires, qui tous ont leur caractère, un caractère défini par certains traits mais néanmoins toujours susceptible d'évoluer, en réaction aux divers événements. C'est le cas de la très attachante Cagalli, pour laquelle le conflit sera l'occasion de grandir enfin, et bien sûr de Lacus Clyne, qui passe de l'état de nunuche de service à celui de chef de guerre charismatique, et ce avec la plus parfaite aisance.
A côté de tout cela, il y a bien sûr les combats eux-mêmes qui, en plus d'être impeccablement réalisés, font sans cesse progresser la psychologie de chacun des intervenants, celle-ci venant en retour enrichir le discours global de la série. Cette fluidité et ce dynamisme de la narration ne se démentent jamais tout au long des cinquante épisodes de Mobile Suit Gundam Seed et culminent dans les derniers instants, bouleversants.
Réalisme oblige (mis à part le fait que l'on entend le bruits des moteurs lorsque les engins s'affrontent dans l'espace – mais on pardonnera cette petite fantaisie), les pertes humaines sont lourdes, parfois inattendues et souvent très douloureuses. Il s'agit certes d'une constante de la saga Gundam dans son ensemble, mais tout de même. Les dégâts causés par l'utilisation de l'arme nucléaire ne nous sont pas épargnés, à commencer par les morts affreuses des victimes qui explosent littéralement sous nos yeux et devant nos héros impuissants. Enfin, et là encore la série fait date dans le genre, les conflits meurtriers internes aux différentes factions, Naturels comme Coordinateurs, sont particulièrement crédibles et contribuent à donner un souffle étonnant à la bataille.
Comme ses prédécesseurs dans l'univers de Gundam et à l'instar de la plupart des œuvres japonaises traitant de la guerre, Mobile Suit Gundam Seed s'attache à en dépeindre les cruelles absurdités, et accorde une place primordiale au libre-arbitre, seul rempart contre la folie humaine. Quand vient le moment fatidique, que l'on se veuille ou non un soldat irréprochable, il s'agit de faire un choix. Le message est on ne peut plus clair dans cette dernière ligne droite, à travers le destin des protagonistes de chaque camp.
Les jeunes, qui ont été balancés dans l'enfer des conflits dès l'adolescence, s'affirment peu à peu comme les uniques recours face au chaos engendré par les décisions de leurs aînés, incapables de revenir sur leurs positions. Les choix insolubles se multiplient pour les uns et les autres, la plupart de nos héros étant les descendants directs des personnalités les plus influentes des principales forces en présence (les PLANTS, ZAFT, Orb en ce qui concerne Lacus, Asran et Cagalli). Jusqu'au bout, Mobile Suit Gundam Seed se tient à l'écart de tout manichéisme, et c'est là l'une de ses qualités les plus remarquables.
Aussi moche la guerre soit-elle, on se prendrait presque à souhaiter voir cette paix durement acquise remise en cause très bientôt… Ca tombe bien, les choses n'en resteront pas là. Rendez-vous dans Mobile Suit Gundam Seed Destiny !
Caroline Leroy
Article publié sur Filmsactu.com le 6 mai 2008