• The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

    Le réalisateur japonais Yasuo Inoue signe un premier film original et captivant réunissant Shun Oguri et Shidô Nakamura.

     Les plus chanceux ont peut-être saisi le coche lorsque le film japonais The Neighbor No. Thirteen a été présenté en catimini lors de l'édition 2005 du Festival du Film Asiatique de Deauville. Quant aux autres, ils n'ont pour seul recours que de se procurer le tout nouveau DVD américain ou, mieux encore, le DVD japonais, miraculeusement sous-titré en anglais. Le tout est de s'assurer que l'on se trouve bien en face du Director's Cut, puisqu'il existe en effet une version édulcorée du film. Davantage qu'un film d'horreur, The Neighbor No. Thirteen est en effet un thriller psychologique de haute volée empreint d’une atmosphère fantastique joyeusement mâtinée d'une pincée de gore.

     

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

     

    Nimbé d'une rumeur sulfureuse qui lui a valu de se voir refuser l'accès de plus d'un festival en raison de sa violence jugée extrême, cette œuvre singulière venue du Japon s’inscrit dans la lignée de ces films d'épouvante novateurs qui ont définitivement tourné la page Ring et consorts, à l'instar d'un Marebito (Takashi Shimizu), en mieux.

    Pas de fantôme de petite fille aux cheveux longs ni de jeune femme vengeresse et visqueuse à l'horizon. Bienvenue dans l’antre de Juzo Murasaki, jeune homme apparemment bien sous tous rapports dont l'esprit abrite toutefois un colocataire des plus encombrants.

     

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

     

    Le plus fort, c'est que The Neighbor No. Thirteen est un premier film. Le premier long-métrage de Yasuo Inoue, 33 ans, issu du clip vidéo et de la publicité. Et même si l'on se doute que le caméo de Takashi Miike indique que le bonhomme a quelques bonnes relations, le fait est que son film dame le pion à la plupart des vaines tentatives de ses pairs de faire frémir les foules à coup de recettes éculées.

    A l’instar de Uzumaki, Ichi the Killer ou Old Boy, The Neighbor No. Thirteen est adapté d’un manga pour adultes. L’auteur, Santa Inoue (aucun lien de parenté avec le réalisateur), est réputé pour ses œuvres urbaines ultra-réalistes, parmi lesquelles on citera Tokyo Tribes, édité aux Etats-Unis chez Tokyopop. D’abord réticent à l'idée de confier la transposition à l'écran de son Neighbor No. Thirteen aux mains de producteurs peu respectueux, il s’est visiblement laissé convaincre par le style visuel du jeune réalisateur.

     

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

     

    L'histoire est simple. Juzo Murasaki (Shun Oguri) vient d'emménager dans l'appartement N°13 d'un immeuble vétuste. Peu de temps après, une famille emménage juste au-dessus de chez lui, au N°23. Le père n’est autre que Tôru Akai (Hirofumi Arai), celui qui lui a fait subir les pires brimades à l'école lorsqu’ils étaient enfants, allant jusqu'à le défigurer au vitriol. Devenu un homme brutal et sadique, Akai continue de persécuter Juzo, son employé, sur le chantier où ils travaillent tous deux. Sauf que Juzo n'est pas seul. Son double (Shidô Nakamura) veille au grain et n'a pas l'intention de rester sans rien faire. Au lieu de laisser planer le doute tout au long du film, Yasuo Inoue choisit de nous plonger illico à l'intérieur d'une bâtisse perdue au milieu de nulle part, allégorie de la prison mentale dans laquelle est enfermé son protagoniste principal. Une entrée en matière glaçante et fascinante, alliance parfaite d'images et de sons éprouvants qui préfigure la remarquable cohérence de la suite.

     

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

     

    The Neighbor No. Thirteen est un film étrangement dépouillé, dont l’ambiance oppressante découle de l’irruption d’une violence sèche au beau milieu de décors quotidiens. Deux appartements de configuration similaire, les recoins d’un chantier, les toilettes publiques, ces divers lieux filmés sobrement semblent aussi éteints que Juzo lui-même, offrant un intéressant contrepoint à l’exubérance visuelle des luttes intérieures du personnage. Ainsi, lorsque Yasuo Inoue filme les couloirs sombres du collège vide, c’est pour convoquer tous les fantômes d’un passé révolu – celui des protagonistes et le nôtre – et c’est alors l’absence de vie qui envahit brutalement l’écran. Les rares effets spéciaux auxquels il a recours, tous impeccables au demeurant, viennent discrètement soutenir une réalisation extrêmement pensée et totalement dénuée d’effets tape-à-l’œil.

    La photographie, somptueuse, repose sur une palette de couleurs restreinte qui fait la part belle aux déclinaisons de verts et de bleus, auxquelles répondent le orange et le rouge vif. Quant aux sons et musiques, dominés par des basses insistantes, ils n’ont jamais pour but de provoquer le sursaut, juste de susciter un malaise insidieux. Il n’est qu’à voir cette fameuse scène où le double de Juzo, exaspéré par les protestations du voisin qui se plaint du tapage nocturne, va nonchalamment frapper à sa porte pour le poignarder le plus naturellement du monde. Un moment paradoxalement ultra-violent alors que l'acte est prévisible et que les coups portés sont hors champ.

     

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

     

    De même, le meurtre filmé en plongée dans les toilettes sordides du parc d’attraction secoue parce qu’on l’entend plus qu’on ne le voit. Au passage, cette scène terrible pourrait d’ailleurs bien avoir inspiré Eli Roth pour la scène de fin de Hostel – la seule de tout le film à se montrer véritablement efficace – tant la ressemblance est frappante. La comparaison s’arrête là car Yasuo Inoue a le bon goût de croire à la puissance suggestive de son cinéma.

    Cerise sur le gâteau, le film flirte parfois avec un certain second degré qui, au lieu d’en atténuer l’impact, vient au contraire habilement souder l’ensemble. Cette touche absurde, elle tient tout entière dans le personnage de N°13, dont les exactions souvent puériles ont de quoi surprendre et trouvent leur pleine justification à mesure que l’on progresse dans le cauchemar.

     

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

     

    Tour à tour voyou, ogre et bouffon, le comédien Shidô Nakamura joue de son charisme étrange pour donner corps à cette matérialisation concrète de la schizophrénie de Juzo. D'une certaine façon, il est le véritable héros du film. Le choix de Shun Oguri pour interpréter son alter ego s'avère tout aussi judicieux. Tout en douceur et en introversion, le jeune acteur au visage angélique, vu dans Azumi et Azumi 2: Death or Love, inquiète décidément plus qu'il ne rassure et l'on n'oubliera pas de sitôt ses gémissements à vous glacer les sangs.

    Entre ces deux acteurs parfaitement complémentaires vient s'immiscer le toujours excellent Hirofumi Arai (Blue Spring, Blood and Bones) dont le rôle – il est l'objet de la vengeance – s'avère beaucoup moins unidimensionnel qu'on ne pourrait le supposer au départ. Filmés en caméra fixe la plupart du temps, les comédiens ont tout loisir d'habiter l'écran chacun à leur manière, sans que l'unité du film ne s'en trouve jamais menacée.

     

    The Neighbor No. Thirteen, film d'épouvante avec Shun Oguri

     

    Véritable choc visuel et sensoriel parfois à la limite de l'abstrait, The Neighbor No. Thirteen est le singulier petit bijou que l'on n'attendait plus. A contre-courant du formatage à l'œuvre dans le paysage actuel du film d'épouvante asiatique, Yasuo Inoue ne se contente pas d'exploiter paresseusement une "bonne idée" – ce genre de concept que les producteurs américains pourront ensuite extraire afin d'en tirer des remakes tout juste regardables quelques mois plus tard – mais s'emploie à raconter avant tout une histoire qui s'appuie sur un scénario intelligent et surprenant. Il livre un film limpide, puissant, maîtrisé et en aucun cas gratuit. Un grand bravo.

    Caroline Leroy


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